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Disséquez aux côtes de deux passionnées l’horreur et le body horror avec Génération Body Horror

Génération Body Horror de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron. Éditions ActuSF. Photo : Philippe Lim
Génération Body Horror de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron. Éditions ActuSF.

Minutieux. Passionnant. Subversif. Voici les termes qui caractérisent le mieux Génération Body Horror de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron. Ce « guide amoureux » proposé par les Éditions ActuSF nous invite à plonger en immersion totale au cœur de ce genre et plus largement de l’horreur.

Bercée depuis l’enfance par les films d’horreur et romans du même genre, je ne pouvais qu’être attirée par Génération Body Horror. Cet essai de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron dissèque minutieusement le genre en s’appuyant sur de nombreuses films et textes.

Pour ma part, bien que j’ai vu ou lu une partie des œuvres citées par Génération Body Horror je me suis fait une liste de livres à dévorer. De même, j’ai enrichi ma watchlist sur Letterboxd avec des œuvres qui m’avaient échappé.

Entamons maintenant notre immersion aux côtés de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron. Celles-ci nous accueillent et nous invitent à explorer le thème sous tous les angles voire plus largement à partager leur passion. « Bienvenue dans l’outrance plastique du body horror ».

Âmes sensibles s’abstenir ou poursuivez cette exploration de ce genre parfois voire souvent subversif à vos risques et périls. Comme le dit si bien la citation en ouverture de la section « d’Anatomie du body horror ». « Les corps sont la matière première du cinéma d’horreur » Allan Cameron Visceral Screens 2021.

Notre immersion au cœur de Génération Body Horror commence en douceur. Cet ouvrage s’adresse aussi bien aux initiés qu’aux curieux voire plus largement aux cinéphiles et livreaddicts passionnés de sensations fortes.

Tout commence dans ce livre proposé par les Éditions ActuSF par la définition du terne Body horror. Au détour d’une page on apprend que c’est au réalisateur australien Philip Brophy « que l’on doit le terme ».

En 1985 l’expression « body horror soit littéralement horreur corporelle se popularise ». Mettant souvent en scène « des corps en mutation, en souffrance, grotesque voire dérangent ». Montrant des « déformations, mutations, transformations, destruction totale ou partiel du corps ».

Cependant l’on découvre grâce à Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron qu’avant toute chose il s’agit « d’une histoire française ». Ainsi « l’horreur corporelle fait entièrement partie du patrimoine artistique Français ».

Plusieurs mouvements littéraires ont « délibérément exploité le corps souffrant et l’érotisme des viscères ». Dont à travers le Grand-Guignol et le romantisme noir. Concernant ces deux genres littéraires j’avais dévoré plus jeune des ouvrages des Éditions Bouquins dont l’un s’intitule : Le Petit musée des horreurs.

Génération Body Horror de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron est un essai minutieux de deux passionnées qui maîtrisent leur sujet. Ce livre proposé par les Éditions ActuSF s’appuie sur une bibliographie et une filmographie riches et variées.

De même, il comporte de nombreux extraits qui étayent cette ode voire cette analyse chirurgicale du body horror et de l’horreur. Cependant au-delà de ça les autrices s’intéressent aussi à l’histoire du cinéma et des effets spacieux ainsi qu’à leur évolution. En même temps ceux-ci sont indissociables du genre.

Génération Body Horror morcelle le genre et le dissèque pour notre plus grand plaisir. Accrochez-vous ça va secouer. Dans un premier temps dans ce « guide amoureux » proposé par les Éditions ActuSF Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron installent ou plutôt situent l’action. Cela afin qu’initiés et non-initiés plongent en douceur au cœur du sujet. Pour les passionnés cela peut être vu comme une piqûre de rappel.

Ainsi le « cinéma d’horreur comme catalyseur des affects. Celui-ci faisant naître des sentiments, impressions et sensations fortes chez son public ». Le Body horror apparaît comme «la quintessence du genre horrifique ». De plus « l’horreur est un genre profondément affectif et somatique qui se pense en termes d’intensité ».

C’est pourquoi « le film de body horror est en ces termes « corporel » parce qu’il multiplie les images organiques à l’écran. Parce qu’il sollicite l’empathie du spectateur ». Mais surtout parce qu’il « stimule ses différents sens ». Ainsi « le film d’horreur se révèle un espace multisensoriel prompt à solliciter des sens inattendus chez le spectateur souvent par association d’idées… ».

Chaque section est composée de parties et de sous-parties aux titres des plus évocateurs. Ceux-ci nous plongent encore plus profondément au cœur du sujet à savoir l’horreur et le body horror. Ces derniers sont disséqués et analysés avec passion et amour par les autrices. Celles-ci morcellent le body horror et ses thèmes afin de les disséquer minutieusement.

A noter tout au long de notre lecture la présence de nombreux croquis et dessins. Cette mise en bouche de Génération Body Horror de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron se centre sur l’intérêt ou plutôt les sensations ressenties par le spectateur.

Le cinéma doit rivaliser d’imagination et se réinventer afin de nous captiver et provoquer des réactions chez le spectateur. Ainsi « loin d’être uniforme les films d’horreur sollicitent des réactions bien différentes (dégoût, catharsis…) ».

Celles-ci seront minutieusement analysées dans Génération Body Horror de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron en s’appuyant sur de nombreux exemples. Préparez de quoi faire votre wishlist. Cela afin de poursuivre votre initiation ou voyage au sein du body horror en notant les livres et films à ne pas manquer.

Ainsi « le film est ressenti plus qu’il n’est compris ». Concernant le body horror en tant que « poétique de l’intensité circulant entre peur angoisse répulsion et terreur ». En faisant « de la répugnance sa matière première le body horror s’amuse aussi ouvertement sur le bon goût ». Sur ce point je suis tentée de faire le rapprochement avec le film Cold Storage que nous j’ai vu récemment.

« De plus en mettant à mal le corps, le body horror rappel au spectateur sa propre vulnérabilité et plus largement sa condition de bout de viande ». Après cette mise en bouche des plus captivante Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron commencent la dissection minutieuse du genre qu’elles morcellent en thème et en sous-thèmes à grand renfort d’exemples.

Pour commencer la première section de Génération Body Horror s’intitule « Distordre » tout un programme. Tout commence par la section « Déformer ». Ainsi « la première image qui vient à l’esprit quand on parle de body horror c’est assurément celle d’un corps changeant et distordu (…) ». « C’est là l’essence du genre sa forme la plus pure ». Parmi les films étudiés, on peut citer entre autres La Mouche de David Cronenberg et The Thing de John Carpenter.

Au cours de cette partie de ce livre proposé par les Éditions ActuSF, Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron s’intéressent au début ainsi qu’à l’âge d’or du body horror. De plus cette section voire plus largement Génération Body Horror charmera les cinéphiles et passionnées d’effets spéciaux dont je vais partie.

Au fil des pages ou thèmes abordés on voit se dresser une histoire du cinéma, mais aussi l’évolution des effets spéciaux à travers les années (animatronique, latex, CGI, voire la combinaison de plusieurs). Ainsi la magie du cinéma et des FX prend vie devant nos yeux émerveillés, étonnés. Le brio de cette analyse chirurgicale est de s’appuyer sur de nombreux exemples. Dont sur des films qui étaient encore en salle il n’y a pas longtemps voire y sont toujours.

 (Attention spoiler alert) : « Dans d’autres films contemporains relevant de l’horreur corporelle, les images proposées sont si réalistes que les retouches en deviennent indétectables. Ainsi un savant mélange entre effets pratiques sur le plateau et CGI en postproduction permettent la symbiose de Tim en Millie dans le plan final de Together ».

Qui dit body horror dit David Cronenberg ? ce guide des plus complet proposé par les Éditions ActuSF n’a pas oublié celui qui « Durant les années 80 (…) a largement contribué à définir les contours du body horror ». Ce genre protéiforme qui parfois perd sa vraisemblance « pour devenir pur divertissement » quitte à basculer dans le grotesque voire le Grand-Guignol comme dans les classiques Evil Dead avec le cultissime Bruce Campbell.

Génération Body Horror de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron aborde ensuite le thème « Fusionner », ainsi que « unité dédoublée » voire la fusion comme thématique du body horror en s’appuyant entre autres sur La Mouche de David Cronenberg et The Substance de Coralie Fargeat.

Cette section comme toutes les autres se morcelle en sous-parties des plus captivantes que je vous laisse le plaisir de découvrir par vous-même. Cette dissection méthodique et des plus documentée se poursuit dans ce livre proposé par les Éditions ActuSF avec « muter ».

Comme le dit si bien les autrices « le body horror est le cinéma de la mutation par excellence ». Et comme nous avons tous pu le voir « la thématique de la mutation (…) est un trait récurrent du body horror ». Entre autres œuvres citées on peut citer l’œuvre de Cronenberg, Black Swan de Darren Aronofsky. Mais aussi l’un de mes réalisateurs préférés Shinya Tsukamoto et sa saga Tetsuo.

Au cœur de Génération Body Horror toutes ses formes ainsi que celles de l’horreur que ce soit en littérature ou au cinéma sont décortiquées méthodiquement à la pointe du scalpel. Sont aussi analysés dans cette section le thème « s’hybrider » voire « s’animaliser » avec entre autres les classiques loups garous … Cela toujours sans oublier la magie des effets spéciaux et de leurs maîtres incontestés parmi eux Rick Baker pour Le Loup-garou de Londres.

Durant ce passage de ce guide ultime proposé par les Éditions ActuSF on découvre que la « transformation n’est pas qu’une malédiction et peut être dans certains cas une libération voire une renaissance ».

Bien que fan incontestée d’horreur voire d’horreur cosmique que ce soit du point de vue du cinéma que de la littérature. Face à ce livre, je me suis trouvée comme une padawan. Cela bien qu’une partie où pour être honnête une grande partie des œuvres évoquées m’étaient connues.

Cependant Génération Body Horror de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron étudie à la loupe les différents types d’horreur. Dont pour certains, j’ignorais le nom, même si je connaissais certains œuvres en étant issues.

Parmi les genres cités entre autres dans la section « retour à la terre » de ce livre proposé par les Éditions ActuSF la botanical horror. On peut citer entre autres les Ruines de Carter Smith ou Celle qui a tous les dons de Colm McCarthy. De même, on découvre le genre biolithic / mineral horror. C’est probablement « la nouvelle la Couleur tombée du ciel de Lovecraft qui fonde le genre du mineral horror ».

Un peu plus loin dans cette section de Génération Body Horror, on retrouve le thème « se mécaniser » avec entre autres œuvres étudiées Tetsuo de Shinya Tsukamoto. Ainsi « les fictions qui appartiennent au genre appelé techno horror flirtent souvent avec le body horror dans (…) où chair et la tôle se rencontrent ».

Autre thème abordé au sein de cette plongée en immersion totale au cœur de l’horreur se « reconfigurer ». Y sont étudiés entre autres se « suturer »et son lot de créatures dont celle de Frankenstein, mais aussi « jumeler ». On y apprend entre autres que dans le body horror « la gémellité est un processus complexe ».

Au fil des pages de ce livre proposé par les Éditions ActuSF on va de découverte en découverte voire parfois de surprise en surprise. Ainsi on apprend entre autres que « la thématique des parasites gémellaires est une constante des œuvres de body horror. En partie par ce qu’elle se fonde sur un phénomène bien réel appelé (…) ou jumeau parasite ».

Rien n’est laissé au hasard, ni oublié dans cette ode et cette dissection minutieuse du body horror réalisé par Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron. Au détour des pages, nous retrouvons entre autres « transgresser » et sa variante plus subversive du body horror. Plus précisément la section « s’encanailler ».

Au cœur de celle-ci on apprend entre autres « qu’un certain pan du body horror moderne celui qui s’intéresse aux déviances sexuelles (…) ou à la torture érotique se posent en héritier direct des délires sadien ». Sur ce point on peut citer Hellraiser dont l’auteur « Clive Barker est l’écrivain du body horror par excellence ».

Au cours de cette section et sur un ton plus léger on peut citer « se faire ententaculer » dont le titre illustre à merveille l’humour des autrices. Cette section s’intéresse en partie au « succès curieux des monsters romance (la Forme de l’eau, Dracula…). « Ce qu’ont en commun la monster romance et le body horror : la fascination pour les anatomies sexuelles chimériques ».

Puis nous basculons de nouveau dans ce livre proposé par Éditions ActuSF du côté obscur de la force. Cette fois-ci Génération Body Horror se consacre au thème « se dégrader ». Celui-ci est passé à la loupe à travers toutes ses déclinaisons.

Dont : « les fictions décrivant la propagation et les effets indésirables de maladies, pandémies et épidémies ». Celle-ci appartient à « un sous-genre de l’horreur corporelle bien particulier : l’horreur biomédicale ».

Génération Body Horror dissèque méticuleusement le sujet et les œuvres dont à travers « découper ». Plus précisément la section « se mutiler » dont une partie est consacrée aux modifications corporelles comme renaissance.

Sur ce thème Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron nous conseillent entre autres l’excellent et dérangeant ou plutôt surprenant American Mary. Plus particulièrement sa foule de clients qui se réinvente sous son bistouri. Sans oublier bien sûr le thème du cannibalisme.

Ce guide amoureux proposé par les Éditions ActuSF nous invite à voir au-delà des œuvres abordées les messages que certaines renferment. Dont le fait d’accepter l’autre à travers entre autres la section « Body politics ».

Tout tout tout vous saurez tout sur le body horror et ses sous-genres. Rien n’est oublié ou ne nous est épargné. C’est pourquoi âmes sensibles s’abstenir ou se laisser séduire en toute âme et conscience. Ou si comme moi vous êtes passionnée par le sujet à vos blocs-notes pour noter le prochain film à voir ou livre à lire.

A noter tout au long de notre voyage au cœur de Génération Body Horror de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron de nombreux encadrés. A travers ceux-ci, des auteurs voire des réalisateurs donnent leur vision du thème.

Parmi ceux-ci on peut citer Violaine de Charnage. « Comme le gore, le body horror relève de l’outrance et de la transgression. Un registre de l’horreur que j’affectionne particulièrement. Car il autorise toutes les audaces et tous les sous-textes ». Mais aussi Alyanna Poe « l’horreur corporelle signifie la perte totale de contrôle de l’enveloppe que vous habitez ».

Préparez-vous à entamer un voyage déstabilisant et captivant au cœur de Génération Body Horror de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron

Génération Body Horror de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron. Éditions ActuSF. Prix : 24,90 €

Pour plus d’info : https://editions-actusf.fr/

Rédactrice freelance, Pigiste

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