Culture

Éveillez votre âme de cinéphile au nouveau cinéma sud-coréen grâce à Barnabé Sauvage

Le Nouveau cinéma sud-coréen de Barnabé Sauvage. Armand Colin. Photo : Philippe Lim
Le Nouveau cinéma sud-coréen de Barnabé Sauvage. Armand Colin. Photo : Philippe Lim

Enrichissant. Captivant. Voici les termes qui caractérisent le mieux Le Nouveau cinéma sud-coréen de Barnabé Sauvage. Ce livre proposé par Armand Colin nous livre une étude poussée et une histoire du cinéma.

Tout au long du Nouveau cinéma sud-coréen, Barnabé Sauvage s’appuie sur de nombreux documents et extraits pour étayer ses propos. Mais aussi pour exposer différentes hypothèses que l’auteur remet souvent en question en conclusion des différentes sections.

Dans chaque section de ce livre proposé par Armand Colin une phrase en ouverture introduit le thème abordé. « De nombreux contemporains aussi bien sud-coréens que français ou anglophones ont en effet postulé un lien indissociable entre l’esthétique du cinéma sud-coréen et la représentation des blessures collectives de la nation ».

Cependant comme le dit si bien l’auteur « cette idée minimise à la fois les influences extérieures. Celles d’Hollywood notamment (…). Dans le développement du système des genres (…) et leur représentation critique voire subversive par les cinéastes au profit d’une exploration culturaliste (…) ».

Le Nouveau sud-coréen de Barnabé Sauvage est une analyse précise, méticuleuse voire un décryptage minutieux. Ce dernier s’incarne à travers de courtes parties. A travers celles-ci l’auteur s’attelle à un travail minutieux ponctué de nombreuses références à des films. Ce qui fluidifie la lecture. Pour ma part je vous conseille tout comme je l’ai fait de garder durant votre lecture votre Letterboxd à portée de main voire de quoi notre noter votre liste de films à visionner.

Dans un premier temps ce livre proposé par Armand Colin s’intéresse à l’influence des évènements traumatiques historiques. Le premier évoqué aborde « la domination japonaise sur la péninsule coréenne (…) ». Ce point est analysé et développé de façon détaillé à travers des sections aux titres des plus évocateurs. Ainsi « De la colonisation japonaise à la Seconde Guerre mondiale ».

Sur ce point Barnabé Sauvage souligne le fait que « selon l’universitaire Adrien Pasquier la représentation de cet évènement est une tendance croissante durant la période du nouveau cinéma sud-coréen ». Ainsi « tandis qu’on dénombre deux films traitant de la colonisation produits entre 1997 et (…), sept sont produits entre 2005 et 2012 ». Cependant l’auteur en vient à observer que « si l’hostilité coréenne-japonaise s’est quelque peu assagie depuis la période coloniale (…). Les questions mémorielles restent encore brûlantes ». Ils demeurent hantés par un passé douloureux.

Avec le temps on voit une évolution des thèmes et des esprits. Ainsi « même si la confrontation géopolitique n’est plus au cœur du récit. Plusieurs films des années 2010 cèdent au stéréotype du Japonais menaçant et sanguinaire incarnant une figure du mal ». Sur ce point est évoqué Mademoiselle Park Chan-wook. Plus particulièrement le personnage du vieux Coréen fasciné par la culture du Japon et l’Occident. Peu à peu l’affirmation « d’art coréen émerge indépendant, fier de son histoire et qui va jusqu’à s’exporter à l’international ». A cette période « le genre du film historique (…) fait partie des films recevant les plus grands succès au box-office ».

Dans un second temps, ce livre proposé par Armand Colin aborde le « second événement traumatique d’importance (…) qui aboutit à la division du corps national à l’issue de la guerre de Corée en 1953 ». Au-delà de se consacrer uniquement à une histoire du cinéma plus précisément au nouveau cinéma sud-coréen. Barnabé Sauvage s’intéresse aussi au contexte historique qui a inspiré voire qui a marqué ces œuvres.

Tout au long du Nouveau cinéma sud-coréen l’auteur s’appuie sur de nombreux documents. Mais aussi sur des nombreux films qui illustrent son sujet. Au fil des thèmes, il se livre à une analyse détaillée de certaines œuvres. Une fois notre lecture terminée nous observons d’un œil nouveau voire sous un nouvel angle ces films.

Parmi ces œuvres on peut citer entre autres l’émouvant Frères de sang de Kang Je-gyu. Au cœur de ce film poignant deux frères sont enrôlés de chaque côté de la frontière. Cette œuvre « s’attarde sur les relations des protagonistes davantage que sur l’histoire politique et l’idéologie de cette période ».

De plus Barnabé Sauvage souligne « l’humanité commune d’un peuple déchiré par un conflit politique auquel n’est apporté aucune explication rationnelle et convaincante ». Ainsi ce film « représente les deux nations au même titre comme des victimes de la « Guerre froide » entre les puissances impériales internationales ». De même le réalisateur montre « les Nord-Coréens comme les Sud-Coréens en proie à des besoins communs : retrouver sa famille, survivre, manger… ».

Dans cette section de ce livre proposé par Armand Colin est aussi analysé le cultissime JSA de Park Chan-wook un drame poignant. « C’est un des premiers films à dépeindre la zone démilitarisée qui sépare les deux pays et à suggérer la possibilité d’une amitié entre les deux camps ». Cela sur fond de tension, de drame humain. Ce dernier est analysé en détail ou plus particulièrement une séquence représentative de ce thème. Ce genre s’amenuise en 2007.

Cet ouvrage des plus complet proposé par Armand Colin s’intéresse ensuite à la troisième période traumatique. « Celle de la dictature militaire ». Celle-ci est représentée « en toile de fond de nombreux films se déroulant dans les années 80 ». Par exemple le troublant et poignant Memories of murder de Bong Joon-ho.

Mais « c’est également la fin de la période à laquelle assiste le protagoniste d’Old boy. Lorsque la TV devient sa seule fenêtre sur le monde ». Ce film culte fait partie de l’incontournable trilogie de la vengeance de Park Chan-wook. C’est l’une des œuvres déroutante, captivante, dérangeante mais surtout culte qui a été ma porte d’entrée pour découvrir le cinéma coréen.

Le Nouveau sud-coréen de Barnabé Sauvage nous donne l’excuse parfaite, si on en avait vraiment besoin, de revoir des films culte. Cela sous un nouvel angle voire nous invite à découvrir d’autres œuvres ayant marqué les mémoires ou leur époque. Parmi celles-ci on peut citer Peppermint Candy de Lee Chang-dong que je vais m’empresser de visionner.

Ce livre des plus complet proposé par Armand Colin est composé de courts chapitres. Ceux-ci disposent d’une introduction qui met en place les thèmes clef. Ceux-ci sont développés dans de courtes sections aux titres des plus évocateurs. Afin d’alléger ce sujet captivant, mais qui aurait pu être indigeste. Nous retrouvons de nombreuses analyses séquences et références de films ayant marqué le nouveau sud-coréen.

Au fil des pages l’auteur nous invite à voyager à travers l’espace et le temps dans une histoire du cinéma marqué par l’Histoire et l’évolution de la société voire des mentalités. Ainsi « en plus de Squid Game de nombreux longs-métrages témoignent d’une transformation des mentalités et d’une place de plus en plus essentielle de la réussite économique personnelle dans la société sud-coréenne ».

Plusieurs œuvres emblématiques de cette thématique sont présentées ou plutôt analysées dont Parasite de Bonj Joon-ho et About Kim Sohee de July Jung. Ce dernier aborde la pression sociale et son impact néfaste voire mortel. Un autre film est aussi évoqué le dérangeant et troublant Mother de Bong Joon-ho. « Ce dernier est particulièrement emblématique de la dureté nouvelle des rapports sociaux durant cette période et des liens que cette violence entretien avec la mémoire ».

S’ensuit dans Le Nouveau cinéma sud-coréen de Barnabé Sauvage, une analyse détaillée de Mother et d’Old boy ou plutôt de séquences emblématiques. L’auteur souligne « le rôle de la violence dans le processus traumatique ». Mother de Bong Joon-ho révèle « une oscillation entre le besoin d’oublier et la nécessité de ce souvenir (…) essentiel dans le cinéma de cette période ».

De même Barnabé Sauvage souligne le fait que dans Mother, mais aussi Old boy. « Il apparaît ainsi que les actes commis par les personnages sont trop lourds à porter et l’oubli se révèle nécessaire pour y survivre ». Ainsi « dans ces films si la solution pour les personnages réside dans l’oubli des épisodes traumatiques. Cet oubli les concerne eux et n’inclut pas les spectateurs dans un travail de mémoire forcé qu’implique la vision du film ».

Ce livre proposé par Armand Colin est une analyse minutieuse, une étude détaillée du Nouveau cinéma sud-coréen. Ainsi l’auteur après avoir exposé ces différents axes remet en question ces derniers en conclusion des différentes sections. Cela en démontrant que ces interprétations sont trop réductrices.

C’est pourquoi Barnabé Sauvage nous propose un nouvel axe pour analyser voire étudier ce nouveau cinéma sud-coréen. A nouveau l’auteur introduit de multiples interrogations, auxquels il répond dans une analyse minutieuse des plus documentée. Pour arriver à ses fins Barnabé Sauvage nous livre une brève histoire « économique et politique du cinéma en Corée du Sud ». Ce voyage à travers l’espace et le temps commence avec « l’âge d’or du cinéma sous la dictature (…) ».

Au cours de cette section, l’auteur nous dresse une histoire complète du Nouveau cinéma sud-coréen. « En plus des succés commerciaux l’année 2004 est aussi celle du début de la consécration dans les festivals ». Dont Old boy qui obtient le Grand Prix cannois, mais aussi Deux sœurs de Kim Jee-woon au Festival du cinéma fantastique de Gérardmer.

De même Barnabé Sauvage aborde la logique d’influence internationale sorte d’interinfluence. Ainsi le cinéma coréen c’est inspiré du cinéma international (hollywoodien, asiatique), mais aussi au fil des années a gagné ses lettres de noblesse en influençant aussi l’international. « Des réalisateurs sud-coréens réalisent leur début à Hollywood avec un casting étasunien ». Parmi ceux-ci Snowpiercer de Bong Joon-ho avec Chris Evans ou Stoker de Park Chan-wook avec Nicole Kidman et que dire aussi du remake américain de l’excellent Old boy.

Dans la dernière section de ce livre proposé par Armand Colin l’auteur s’intéresse à la thématique « esthétique et société, hybridation, genre blending, représentation ». Ce qui peut se traduire entre autres « par une richesse esthétique par l’hybridité ».

Cette notion se trouve à plusieurs niveaux. « D’abord au sein de la filmographie d’un cinéaste. Chaque réalisateur est éclectique et ne se contente pas d’un seul genre où il serait spécialisé, mais s’essaye à plusieurs ». Mais aussi « au niveau du film dans son ensemble ».

De nouveau l’auteur de ce livre proposé par Armand Colin illustre ses propos avec des analyses de séquences de films culte. Dont ici Memories of murder et The Stangers de Na Hong-jin, mais aussi The Host de Bong Joon-ho. A travers le prisme du genre blending. « Ce dernier se rapporte à la possibilité de parodier les genres Étasunien qui émergent à la fin de la période de (…) nouveau genre critique appeler genre blending ».

Cependant il serait réducteur de considérer le nouveau cinéma sud-coréen uniquement à travers ce thème. L’auteur décrypte en détail ce genre et nous livre une histoire du cinéma coréen des plus minutieuse. Cela à travers des portraits d’artistes ou plutôt de réalisateurs clef propre à la période ou au thème abordé.

Parmi ceux-ci on peut citer le cultissime Kim Ki-duk qui tout comme Lee Chang Dong « marquent leur singularité par leur intérêt pour les figures marginales de la Corée du Sud. Ils tranchent de ce fait avec les représentations stéréotypées des productions de blockbuster et lève le voile jeté par le cinéma sud-coréen sur une partie de la population mise en difficulté social et économique par la rapide transformation du pays depuis les années 1980 ».

S’ensuit un portrait détaillé de ces deux réalisateurs. Pour ma part j’avais découvert Kim Ki-duk grâce au Festival du film asiatique de Deauville avec Locataires un drame des plus poignant.

Peu après l’auteur « s’intéresse à l’héritage croisé du film de genre asiatique et du maniérisme hollywoodien » s’incarnant dans le « postmodernisme ». Ainsi « le cinéma dominant de l’industrie sud-coréen (…) est sans contexte le cinéma de blockbuster ». « Stylistiquement les cinéastes qui les produisent sont férus de références au cinéma des États-Unis certains ont même réalisé quelques films à Hollywood dans les années 2000 ».

Cependant plusieurs « mêlent les références américaines, à un intérêt pour le cinéma moderne européen voire asiatique (Hongkongais) ». Sur ce point on note un portrait de l’incontournable Park Chon-wook dont l’objectif est le suivant. « Je veux et j’essaie de faire des films auxquels le public puisse réagir physiquement ».

S’ensuit dans Le Nouveau cinéma sud-coréen de Barnabé Sauvage, une analyse détaillée d’une séquence du cultissime Old boy. Dans ce dernier « son esthétique de la violence pioche ses références dans le cinéma d’action hongkongais notamment. Il est marqué par le même goût des effets spéciaux et des codes culturels ».

Dans cette section de ce livre proposé par les Armand Colin l’auteur s’intéresse au cinéma d’horreur qui est « un genre particulièrement prégnant dans le cinéma sud-coréen du début des années 2000 ».

Ce genre « est particulièrement disponible à l’adaptation et à la réécriture en raison de l’importance des enjeux de références dans le genre étasunien et japonais notamment ». Comme exemple il cite l’excellent Deux sœurs de Kim Jee-woon que nous découvrons sous un autre angle qui une fois mis devant le fait accompli prend tout son sens. Ainsi il « adopte l’iconographie du cinéma d’horreur gothique américain mêlé à un côté plus film d’horreur atmosphérique voire psychologique qui le rapproche des films japonais tel The Ring ou Audition ».

L’auteur de cette œuvre consacrée au Nouveau cinéma sud-coréen décrypte en détail ce genre et ses artistes à travers le temps, l’histoire et ses multiples formes. Ce livre proposé par Armand Colin nous donne d’autres clefs de lecture et de visionnage. Je n’en ai évoqué que quelques-unes. Je vous laisse le plaisir d’en apprendre plus par vous-même.

Celles-ci nous donnent envie de revoir ou de découvrir des films sous ce nouvel éclairage. Ce qui ne gâche rien à notre plaisir bien au contraire en nous ouvrant à d’autres perspectives tout en titillant notre curiosité. Le Nouveau cinéma sud-coréen de Barnabé Sauvage est des plus intéressant et s’adresse tout à la fois aux cinéphiles et aux curieux qui veulent enrichir leur connaissance du cinéma asiatique voire corée.

Initiez-vous à l’art du Nouveau cinéma sud-coréen grâce à Barnabé Sauvage

Le Nouveau cinéma sud-coréen de Barnabé Sauvage. Éditions Armand Colin. Prix : 22,90€

Pour plus d’info : https://www.dunod.com/

Rédactrice freelance, Pigiste

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