Culture

Prenez part à une enquête énigmatique et mystérieuse sur fond de lutte de pouvoir dans L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier

L'Aigle et le serpent de Maxime Carpentier. Éditions de 38. Photo : Philippe Lim
L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier. Éditions de 38. Photo : Philippe Lim

Armand Drone, agent attaché au service discret, se trouve investi d’une mission capitale qu’il doit mener en toute discrétion. Un tueur laisse sur ses victimes des messages cryptés. Ceux-ci semblent vouloir mettre à mal l’Empire et l’empereur.

Cependant entre faux-semblants, fausses pistes et énigmes, cette enquête n’est pas sans danger.

Enigmatique. Intriguant. Étonnant. Voici les termes qui caractérisent le mieux L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier. L’intrigue de ce livre proposé par les Éditions du 38 nous plonge au cœur de l’action. Au fil de notre lecture et ce dès le prologue, l’histoire nous est donnée à travers le point de vue d’ Armand Drone.

Tout commence à l’automne 1808 au Havre. Le narrateur nous apparaît hanté par ses souvenirs, par son passé. Mais aussi marqué par la misère, la violence voire l’injustice dont il a été témoin ou qu’il a vécu. Ainsi « le Havre c’est la ville qui m’a vu grandir. La ville qui m’a appris à serrer les dents et celle qui m’a montré la première injustice ».

Son « père a cru dans la Révolution qui lui avait fait croire à une table dressée pour ceux qui n’avaient jamais été conviés (…) ». « Avant de l’emporter dans sa Terreur quand les slogans deviennent des bâillons et que la foule prend parfois la place des juges ». Pour conclure par : « C’est une image qui ne me quitte pas ! La bascule d’un bois, un bruit court, la foule aux lèvres serrées et mon père qui tombe dans un silence où rien n’a plus de nom ».

Armand Drone est au Havre suite au décès de sa mère. Le passé qui le hante et l’a profondément marqué dans sa chair ne cesse de le tourmenter. Tout comme un autre malheur qui l’a tout aussi profondément marqué. Peu après dans L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier il est tiré de ses pensées par la réception d’une lettre cachetée. Celle-ci provient du ministre de la police générale.

Son contenu l’investit d’une mission capitale : « Vérifiez l’affaire dite du Trident. Pas de zèle ». Ce qui est attendu de lui, c’est de faire preuve de son flair imparable sur cette affaire. Celle-ci pourrait mettre le feu aux poudres en regard des tensions politiques liées à l’Empire et la menace en arrière-plan de l’Angleterre.

Ce livre proposé par les Éditions du 38, est composé de phrases courtes des plus visuelles. Il est rédigé dans un style facile à lire. Celui-ci nous plonge au cœur de l’action. Celle-ci nous est restituée du point de vue d’Armand Drone. Cependant on note quelques longueurs qui alourdissent le texte et ralentissent parfois la lecture. Cela sans pour autant enlever à la qualité de l’intrigue. Il faut parfois s’accrocher, mais cela en vaut le coup.

L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier nous conduit ensuite à la taverne du Trident où est entreposé le corps. A partir de ce passage de ce livre proposé par les Éditions du 38 nous suivons Drone au cœur de l’enquête et de ses investigations. Il se révèle être des plus observateur.

Ainsi son attention est attirée par un détail : « la craie » sur la poitrine de la victime. Le motif est tracé à même le tissu. « Quelqu’un avait tracé une rosace plus précisément un lys ». En regardant de plus près, il note « les traits n’avaient pas bavé. On les avait dessinés pour être lus ».

Cette première victime ainsi que les suivantes tout comme les messages codés leur étant associés vont le plonger dans une enquête sous couvert de cryptographie et de jeux de dupes. Celle-ci risque de ne pas le laisser indemne.

Dès ce moment dans L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier, Drone se révèle être un enquêteur méticuleux, mais aussi un fin observateur. Il note les différents indices et détails ayant attiré son attention. Au fil de ses investigations, un jeune témoin lui donne une piste : la présence sur les lieux du crime d’un personnage incongru. « Un monsieur propre avec des gants clairs ».

Au cœur de cette enquête les mots, les codes. Comme il le dit si bien et cela devrait lui servir de mise en garde « les mots dans mon métier sont des aiguillages. Ils envoient les choses au bon quai ou les perdent pour toujours ». De même Armand Drone se révèle plein d’esprit.

Peu à peu dans ce livre proposé par les Éditions du 38 on en apprend plus sur lui. Il est hanté par son passé qui semble ne pas vouloir lui laisser de répit. Ainsi « je passais devant l’atelier qui avait été celui de mon père (…). Je ne m’arrête pas. Les morts n’aiment pas qu’on les revisite de jour. Ils vous demandent des comptes qu’on ne peut pas rendre ».

Un peu plus tard dans L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier on apprend qu’il est membre de la franc-maçonnerie. Ces derniers « l’ont initié à l’Art royal à Paris ». Il y a appris « à reconnaître des signes et surtout à ne pas s’en laisser abuser ». Ce qui aura son importance plus tard et à nouveau est une sorte de mise en garde.

Règle qu’il ne devra pas oublier dans le jeu de dupes au cœur de l’intrigue de ce livre proposé par les Éditions du 38. Ainsi « les symboles sont des outils. Ils ouvrent des portes, mais on peut aussi s’en servir de gourdin ». De même « rien n’est plus facile que de peindre une fausse piste. Il suffit de citer deux vérités dans le même mensonges ».

Au fil des pages de L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier on suit Drone dans son enquête et dans ses habitudes proches de tics. Ainsi en rentrant chez lui, « il achète un morceau de craie chez un papetier ». Car il aimait « tenir dans sa poche la matière que je poursuis ». Dès le début de l’enquête la némésis d’Armand Drone ne semble jamais loin. Ainsi un mystérieux homme aux gants clairs rôde si loin si près.

Tout au long de ce livre proposé pas les Éditions de 38 nous avons accès aux réflexions, pensées de Drone. Certaines prendront tout leur sens plus tard. De même elles auraient dû lui servir de mise en garde voire lui apprendre à ne pas tout prendre pour argent comptant. Ainsi « je ne voulais pas plus d’indices, les fils trop nombreux s’emmêlent et nous étranglent avec leur zèle ».

Partout règne le silence, l’argent, la corruption qui lui mettent des bâtons dans les roues. Il découvre à ses dépens que l’affaire semble plus complexe que prévue. Ainsi « je croyais refermer un dossier banal. J’ouvrai la première page d’une histoire à où mes certitudes et mes doutes, ma sagesse et ma fatigue ne cessent de se répandre ». Au cours de ses investigations Drone synthétise les informations, les indices afin de déchiffrer les faits. De même, il préfère la lenteur, prendre son temps pour analyser que de se tromper. Cependant son passé, ses souvenirs ne cesse de le hanter.

Au fil des pages de L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier, on suit Armand Drone durant ses investigations. Au cours de celles-ci et ce dès le début « il a le sentiment à la fois futile et sérieux que connaît tout enquêteur (…). On suit une piste, mais on ne sait pas si c’est la piste ou la trace qu’on laisse pour vous ». Cette question est centrale dans cette histoire véritable jeu de dupes. Tout est question de symbolique et de signes.

Puis l’intrigue mêlant personnages historiques et fiction s’accélère. Un télégramme demande son retour d’urgence à Paris. Ville de contrastes importants : « La ville respirait fort. Elle empestait autant qu’elle éblouissait. La richesse côtoie la pauvreté extrême ». Cette fois-ci la mission lui est donnée par Fouché. Celle-ci requiert une grande discrétion. De même on retrouve une figure de mise en garde ou de menace latente « Pas de zèle. Pas de théâtre, l’Empereur n’aime pas les mystères. Il préfère les victoires ».

De nouveau dans ce livre proposé par les Éditions de 38, sur les lieux du crime un témoin a repéré un monsieur avec des gants clairs. Ce dernier rode toujours dans son ombre. Comme une menace planant à la périphérie de sa vision.

Une fois à la morgue Drone repère deux détails « une bague en or gravée d’un lys, et le fil noir grossier tendu d’une commissure à l’autre. Bouche cousue ». Une fois le fil coupé. Un papier s’échappe de la bouche. Armand observe avec justesse « c’est une mise en scène (…). Tout est politique quand on coud la bouche d’un mort pour lui faire dire ce qu’il ne veut pas dire ».

Car oui dans L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier c’est l’Empereur et l’empire qui sont ou semblent visés. Cependant il faut se méfier des constatations hâtives. Une fois seul Armand lit le texte. Celui-ci est des plus énigmatique « l’Aigle tombera » et au verso une rosace numérotée associée au prénom Élisa. « L’Aigle c’était plus qu’un symbole. C’était un homme en chair et en volonté. C’est trois mots ne menaçaient pas une idée. Ils menaçaient un règne ».

Au cours de notre lecture de ce livre proposé par les Éditions de 38, nous en apprenons plus sur Drone enquêteur chevronné, talentueux, fin analyste. Cependant il porte en lui une part de fragilité, une blessure qui pourrait lui causer du tort. Mais par-dessus tout c’est sa discrétion et son sens de l’adaptation qui sont mis en avant.

Ainsi des plus discret, il sait s’adapter au milieu dans lequel il évolue. Comme le souligne Fouché « Drone vous êtes fait pour marcher sans faire de bruit. Gardez cette qualité. C’est ainsi qu’on entend les phrases faibles. Celles que les coupables ne savent pas encore qu’ils prononcent ».

On suit avec passion les investigations de Drone. Celles-ci sont, tout au long de ce livre proposé par les Éditions de 38, ponctuées de mystères, de menaces, de fausses pistes et de faux-semblants. Cependant cette affaire semble des plus complexe et va remettre en question sa façon de penser.

Tout au long de notre lecture, on note de multiples figures de mises en garde ou propos lourd de sens qui devrait interpeller Drone. Ainsi Fouché lui dit « celui qui mêle symboles et cadavres ne veut pas éduquer, mais troubler ». De même Saint-Clair son ami et mentor lui recommande « de se méfier des symboles ». On aurait tendance à se dire qu’il ne devrait pas se méfier uniquement des symboles dans ce jeu de dupes.

Durant son enquête des messages sont glissés sous sa porte. Tenant tour à tour de la promesse et de la menace l’ombre aux gants clairs se rapproche. « Ce n’est que le commencement ». Face à ce premier message, Drone conclu : « je compris que mon ennemi me connaissait. Moi je n’avais plus qu’à le découvrir ». Au fil de notre lecture de L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier, on a la sensation qu’il a trouvé un ennemi à sa mesure. Comme le dit si bien Drone « la lutte n’en sera que plus belle ». Son ennemie s’amuse à le provoquer.

Toutefois dans ce livre proposé par les Éditions de 38, les qualités d’enquêteur de Drone vont être mises à mal par ses fantômes du passé. Mais aussi par ce jeu de dupes. Durant lequel « le chasseur peut aussi devenir la proie ». De même au cours de ses investigations, il va croiser la route de la belle Élisa. Celle-ci n’est jamais loin. La jeune femme arrive à le troubler. Des plus énigmatique, Élisa semble en savoir beaucoup. Celle-ci est une femme de caractère qui sait entre autres manier avec habilité l’ironie.

Dans L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier la chasse, la traque se poursuit. Le chasseur devenant le chassé et inversement. Pour ne rien arranger à cette énigmatique affaire, Fouché lui impose une deadline. Celle-ci a tout d’une menace. L’urgence de la situation ainsi que la tension se font de plus en plus palpables ne laissant pas de répit à Armand.

Les morts se multiplient tout comme les messages codés et partout règne le silence. Derrière tout cela la silhouette d’un ennemi patient, méthodique, invisible dont la présence se fait de plus en plus palpable. De même la menace se concrétise et semble limite le viser.

Peu à peu l’ombre de l’homme aux gants clairs se referme sur lui. Cet homme mystérieux semble partout présent et l’observer, le guetter patiemment. Peut-être n’est-ce pas l’Empire ou uniquement l’empire qui est visé, mais plutôt une histoire de vengeance voire un message lui étant adressé.

Durant cette enquête complexe Armand semble prêt à se perdre. Il est troublé, marqué par son passé. Pour ne rien arranger Fouché fait monter d’un cran la pression. « L’Empereur s’impatiente (…). Et Murat me presse en voulant prendre part à la partie. Vous me donnerez un nom. Peu importe qu’il soit petit. Il me faut un nom de quoi apaiser l’aigle ».

De plus en plus impliqué, touché, troublé par l’enquête Armand doit se méfier afin de ne pas mal interpréter les indices. De nouveau dans ce livre proposé par les Éditions de 38, son ami Saint-Clair tente de le ramener dans la voie et ce à de multiples reprises. « Les signes ne sont pas des preuves ». Dans le même ordre d’idées, Fouché lui dira « les signes peuvent devenir des armes ». « Ceux qui les utilisent savent qu’ils tuent plus qu’une balle perdue ».

Au cours de son enquête Drone va devoir rivaliser de réflexion, d’observation et de déduction sans pour autant oublier de remettre en question les signes et preuves visant à l’égarer dans ce jeu de dupes. Cela dans une enquête où « les mots pèsent la moitié d’une pierre, mais tuent deux fois plus ».

Au cœur de l’intrigue de L’Aigle et du serpent de Maxime Carpentier on retrouve : la manipulation, la vengeance, les fausses pistes et faux semblants. De plus en arrière-plan, plane la menace d’un conflit et la rumeur du peuple qui enfle pouvant mener à une révolte.

Le seul petit bémol de ce livre proposé par les Éditions de 38 est le style parfois un peu rude qui rend parfois la lecture difficile. Cependant certains passages au style plus visuel allègent le style et nous replongent au cœur de l’intrigue.

Méfiez-vous des signes et de l’interprétation qu’on veut leur donner avec L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier

L’Aigle et le serpent de Maxime Carpentier. Éditions de 38. Prix : 20 €

Pour plus d’info : https://www.editionsdu38.com/fr/

Rédactrice freelance, Pigiste

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