Plongez au cœur d’un fait divers glaçant avec Maman, le loup m’emporte de Florence Medina
Captivant. Poignant. Déstabilisant. Voici les termes qui caractérisent le mieux ce livre proposé par les Éditions de l’Aube et Retronew. Maman, le loup m’emporte de Florence Medina est un fait divers glaçant. Ce dernier fait partie de la série « L’Affaire qui… ».
Cette collection est née de l’association des Éditions de l’Aube avec Retronew. « Le site de presse de la BNF pour revenir sur des affaires survenues à la fois du XVIIIe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle. Dans cette série des autrices et des auteurs de polars et de romans noirs scrutent chacun dans son style propre la société française à travers le prisme de la violence ».
Chacune de ces affaires est richement illustrée et documentée grâce à des articles, dessins de presse, photos et gravures « issus des riches fonds iconographiques de la BNF ». Ainsi nous retrouvons en couverture une première page de journal relative au fait divers. Celle-ci est intitulée « le triple crime du maître d’école ». Ce qui donne le ton, mais ne nous prépare pas à l’horreur de ce crime glaçant, de sang-froid. De même on retrouve en ouverture du récit un autre gros titre de presse « L’enfant de la Villette ».
Ce livre proposé par les Éditions de l’Aube et Retronew est écrit dans un style facile à lire et est des plus documenté. Maman, le loup m’emporte nous plonge au cœur de l’action. Florence Medina prête sa voix et sa plume à ce récit des plus minutieux d’un crime effroyable.
Au fil des pages, l’autrice nous plonge sans filtre et sans compromis au cœur de l’histoire avec un grand H. Ainsi au-delà d’être confrontés uniquement à un fait divers des plus glaçant nous apprenons de nombreuses choses captivantes voire insolites. « Depuis 1804 la maison des morts est installée sur l’Ile de la Cité en plein cœur de la ville. Elle se visite tous les jours de 9h à 17h. L’entrée est gratuite ».
Déjà à cette période, on peut observer l’attrait pour la part des ténèbres voire pour le dark tourism. Ainsi « les guides touristiques la signalent comme une chose à voir. Une curiosité qui vaut le détour. Aussi c’est sans aucun scrupule que la foule se presse et se rince l’œil ».
Cependant cela n’était pas sa vocation première. Celle-ci était de permettre de procéder à l’identification des corps. Contre toute attente « c’est une véritable attraction les gens se pressent devant les corps exposés. Malgré l’injonction à la bienveillance certains se moquent des physiques ingrats ».
De plus on apprend dans cette section de Maman, le loup m’emporte de Florence Medina « que les corps ne pouvaient être conservés au-delà de six semaines. La décomposition devenant alors trop avancée. Les dépouilles devenaient non identifiables (…) à la fosse commune ».
Peu après dans ce livre proposé par les Éditions de l’Aube, nous rentrons dans le vif du sujet et nous sommes confrontés à l’horreur. On ne peut qu’être touché voire ressentir de l’empathie. « En mars 1840 on fait une exception. Il y a depuis quelques jours à la morgue le corps d’un garçon d’une dizaine d’années. Le mort fait sensation mais les badauds ont beau se bousculer pour l’admirer. Nul n’est en mesure de l’identifier ». Il s’agit d’un crime d’une grande violence, d’une grande sauvagerie. L’enfant a eu le crâne défoncé. Il a été égorgé avec une telle violence qu’il est presque décapité.
Maman, le loup m’emporte de Florence Medina est des plus documenté et des mieux illustré. On retrouve au fil des pages : des extraits d’annonces, de journaux, d’articles voire des mémoires du tueur. Face à cette horreur et le fait que cet enfant n’ai pas été identifié. « Le juge d’instruction décide d’embaumer le corps. C’est la première fois que la justice criminelle ordonne une telle opération ».
Tout au long de ce livre proposé par les Éditions de l’Aube, l’autrice intervient de multiples fois donnant l’idée parfois de réactions face aux faits. Ainsi ici « et là finit la rigolade ». Ce procédé lui donne « l’apparence de vie ». La presse surnomme la victime « L’enfant de la Villette ». Ce qui lui rend encore un peu plus de son humanité. Cela change l’attitude de ceux qui se rendent à la morgue. Ceux-ci sont plus empreints de respect face à cet enfant supplicié.
Maman, le loup m’emporte de Florence Medina est composé de courtes parties et rédigé dans un style très visuel, facile à lire. Les interventions de l’autrice instaurent un rythme au récit et semblent parfois faire écho à nos pensées, à nos interrogations. C’est comme si face à l’horreur des faits, profondément touchée, elle ne pouvait juste rester une simple observatrice.
Ainsi Florence Medina s’adresse directement à lui. Allant dans un premier temps jusqu’à le tutoyer. « Tu les connaissais ces sinistres vitrines de la morgue. Quelques semaines plutôt, tu traînais là toi aussi ». S’ensuit un extrait des mémoires du tueur. « Après mes courses infructueuses, j’éprouvais je ne sais quel plaisir à visiter la morgue où la vue des cadavres soulevait mon estomac ». Sa part des ténèbres était déjà présente, mais il ne l’avait pas encore libérée. Au fil des pages on apprend qu’il a rédigé ces mémoires à la demande de son défenseur. « Ce document offre un accès immédiat » à sa parole, à ses pensées.
A nouveau dans ce livre proposé par les Éditions l’Aube, Florence Medina l’interpelle voire l’interroge. « Tu t’appelles Pierre-Vincent Eliçabide et c’est toi qui a assassiné l’enfant de la Villette. Savais-tu que tu le tuerais ? Te figurais-tu son corps derrière la vitrine ? Est-ce pour ça que ton estomac se soulevait ? ».
Nous entamons ensuite le deuxième chapitre de Maman, le loup m’emporte. A cet instant nous sommes déjà en partie confrontés encore plus à l’horreur de ce fait divers. De plus nous sommes touchés par le sort des victimes du tueur.
« L’enfant de la Villette s’appelait Joseph (…). Tu ne l’as pas frappé au hasard. Tu le connais bien, même très bien. Deux mois après l’avoir assommé et étranglé, tu feras de même aussi avec sa sœur Mathilde et leur mère Marie ta bonne amie et supposée future femme ». A travers ce livre proposé par les Éditions de l’Aube, nous sommes confrontés à un monstre à visage humain.
Tout au long de cet ouvrage, nous avons accès aux sentiments de l’autrice. Celle-ci était dans un premier temps mal à l’aise. Car elle n’était pas habituée à traiter ce type de sujet. Florence Medina nous partage son ressenti, nous donne son opinion. Elle se plonge et nous plonge en immersion totale au cœur de l’histoire tout en émettant parfois des jugements de valeur.
Dans un premier temps Maman, le loup m’emporte de Florence Medina, s’intéresse à l’enfance de Pierre-Vincent Eliçabide « tu es né le (…). Ça me semble surréaliste, mais tu as eu dix ans, puis onze comme Joseph qui n’en aurait jamais 12 (…) ». Durant cette section de ce livre proposé par les Éditions de l’Aube l’autrice s’interroge entre autres sur la nature du mal. Cela sans complaisance, ni lui chercher d’excuse mais en rapportant les faits.
Tout en émettant son point de vue, elle s’exprime avec émotions. « A propos que les choses soit claires, je ne t’aime pas, mais qu’on t’ai décapité ne me réjouit pas. Voila c’est dit ». C’est un enfant précoce mais dépressif. Dans un premier temps, c’est un élément brillant, mais cela vient à changer. Ainsi le superviseur du séminaire de Bayonne où il se trouvait en vient à dire « que le trait dominant de (son) caractère était l’orgueil poussé à l’extrême ». C’est d’ailleurs cet orgueil « le grand motif qui émaillera, ton histoire, ta réputation et ton procès ».
Au fil des pages de Maman, le loup m’emporte, Florence Medina étudie son parcours, son enfance. Cela en partie par l’intermédiaire des lettres d’Eliçabide. Dont nous retrouvons des extraits dans ce livre proposé par les Éditions de l’Aube. C’est via ce média que l’autrice fais connaissance avec cet effrayant personnage qu’est Pierre-Vincent Eliçabide « et tu étais alors qu’un gamin. Tu as 21 ans ».
Au départ il suit le chemin tracé par ses parents qui ont mis tous leurs espoirs en lui. Toutefois cela ne lui convient pas. Cependant « ne pas décevoir ses parents est l’autre motif récurrent de ton histoire. Ils ont consenti à tant de sacrifice pour toi ». Ces deux motifs entre autres mèneront aux drames.
C’est encore le temps de l’innocence bien que son orgueil soit déjà présent. Ce qui amène Florence Medina à avoir de la compassion pour lui. Peu après il s’enfuit de la paroisse. « A 21 ans (…) tu es un gamin mort de trouille parce qu’il a failli à tous ses devoirs de réussite. Parce qu’il a ruiné ses parents, raflé l’avenir de ses frères et sœurs. Pour rien. Pour prendre un gadin sur le chemin de l’église. Alors voila je compatis ».
Au fil des lettres empreintes de « bigoterie » issue de son éducation, on retrouve la citation qui a donné son titre à cette œuvre. Celle-ci prend place dans une prière qui a tout d’un appel au secours voire d’un cri de désespoir qui n’a pas eu d’effet. L’autrice observe « je ne doute pas une seconde que tu sois sincère ». Tout au long ce livre proposé par les Éditions de l’Aube, Florence Medina dresse parfois un parallèle avec sa propre vie ses propres expériences.
Cependant le temps de l’innocence n’a qu’un temps et déjà laisse poindre un orgueil tout comme un ego démesuré. Cela jusqu’au point de non-retour. Ce dernier si l’on peut dire entraîne le courroux de l’autrice. « Dans cette histoire c’est toi qui égorges. A trois reprises. Pas n’importe qui des proches, des êtres censément chers. La première victime est le petit garçon de la morgue ».
Peu à peu dans Maman, le loup m’emporte de Florence Medina, nous suivons les traces d’Eliçabide. Dans un premier temps, il est professeur particulier. Cependant cela ne se passe pas bien « plusieurs de ses employeurs témoigneront à son procès de sa brutalité envers les élèves ».
Comme nous avons pu précédemment le voir dans ce livre proposé par les Éditions de l’Aube, cette œuvre est une étude minutieuse des plus documentée. Ainsi on retrouve entre autres des extraits de témoignages.
Puis il est employé en 1837 à l’école primaire Notre Dame de Bétharram. Joseph y est pensionnaire. Peu à peu un lien se tisse avec Marie la mère de ce dernier. A cet instant Florence Medina intervient avec si l’on peut dire une ironie mordante. « On n’est pas dans une comédie romantique, mais on n’est pas loin du conte de fées. Le jeune et bel instituteur épouse la belle veuve, adopte ses enfants et leur offre une belle et confortable vie. Non ? ».
Cependant comme nous pourrons nous en rendre compte on est bien plus proche d’un conte horrifique voire cruel. De nouveau en 1839, Eliçabide doit quitter son poste, en partie car il frappait les enfants. Le jeune homme a de grandes espérances. Dans son idée, une fois montée à Paris, il trouvera un poste important. Puis il demandera à Marie et aux enfants de le rejoindre. Pour le moment ses parents ignorent son existence et leur projet de mariage.
Dans un premier temps, Eliçabide est émerveillé. Cependant il déchante vite. Comme le dit si bien l’autrice de ce livre proposé par les Éditions de l’Aube, « Pierre-Vincent il est temps de rentrer à Pau. Tu ne trouves pas ? Non ». Par orgueil, peur de décevoir et à cause d’un ego démesuré, il affabule et s’enferme dans son mensonge. Ainsi il imagine une vie de rêve une profession admirable.
Cependant comme le dit si bien l’autrice de Maman, le loup m’emporte « ça a beau être un gros mensonge cela reste concevable. La où ça devient difficile pour le commun des mortels de te suivre il me semble c’est que tu exhortes Marie à t’envoyer son fils ». S’ensuit des extraits de lettres. Peut-être est-il allé trop loin dans son mensonge pour revenir en arrière ou s’est-il mis à y croire ? En tout cas cela n’excuse en rien son geste.
Finalement à force d’insistance, Marie accepte. S’ensuit une reconstitution drame. Ainsi, il ne s’écoule que quelques heures entre l’arrivée de Joseph et son meurtre. On ne peut ressentir que de l’empathie pour cet enfant et les siens. Le meurtrier se révèle machiavélique quand Marie se plaint de ne pas recevoir de mot de son fils. Eliçabide lui dit « qu’il est trop occupé en pension ». Il a réponse à tout.
Peu après ce crime de sang-froid, Eliçabide « encourage Marie et sa fille à les rejoindre tout en lui intimant le secret ? ». A-t-il prémédité ses actes ? Une chose est sûre il s’enfonce de plus en plus dans son mensonge tout en sachant que ce dernier a ses limites. Je n’ai pu m’empêcher de penser à un autre célèbre affabulateur / tueur : Jean-Claude Romand.
Au fil des pages de ce livre proposé par les Éditions de l’Aube, on découvre plusieurs extraits de lettres. Dont certaines sont difficile à lire quand on connaît la réalité et ce qui attend cette pauvre femme et sa fille. Ainsi quand celle-ci se plaint de ne pas recevoir de courrier de son fils. « Joseph vous aurait bien écrit une ligne, mais bientôt il vous embrassera. Ce qui vaudra beaucoup mieux ». Malheureusement elles le rejoindront dans la mort.
Tout au long de Maman, le loup m’emporte, Florence Medina est des plus investie dans ses écrits. Comme nous même inconsciemment on ne peut s’empêcher d’espérer qu’il ai aimé Marie et qu’il aurait voulu de tout son cœur cette vie avec ses enfants. Fatalement le piège mortel et implacable se referme sur elles.
Après ce double meurtre atroce l’autrice oubli le tutoiement. Cela instaure une distance face à l’horreur de ces crimes effroyables et d’une grande barbarie. C’est un véritable massacre. Les corps seront découvert quelques heures après les crimes. De plus ils seront vite résolus grâce à des témoignages.
Finalement on ne peut qu’être d’accord avec Florence Medina qui s’offusque du fait que cette affaire s’appelle « l’affaire Eliçabide ». Cela peut donner l’idée que les victimes passent au second plan. Malheureusement on sait peu de chose voire rien sur Marie et les siens. Ainsi les seuls documents trouvés sont les lettres d’Eliçabide à Marie retrouvé dans la malle de cette dernière et le mémoire rédigé pour la défense. Ce qui malheureusement ne permet de visualiser qu’un versant de l’histoire et rend encore plus tragique ce drame.
Tout comme Florence Medina, on ressent de l’empathie pour les victimes. Au cours de notre lecture de ce livre proposé par les Éditions de l’Aube, on retrouve une mise en parallèle avec l’affaire Jean-Claude Romand. Un autre affabulateur qui a tué lui aussi sa famille.
En conclusion l’autrice répond à cette interrogation : « pourquoi écrire ce livre ? ». Dans un premier temps cela répond à une invitation des Éditions de l’Aube. De plus elle fait partie « de celles et ceux et nous sommes légion que le crime, l’esprit criminel fascinent ». Fascination qui a traversé les siècles et qui perdure à savoir l’attrait pour la part des ténèbres.
Pour ma part mon attention a été captivée par l’association entre les Éditions de L’Aube et Retronews ainsi que par le thème de cette collaboration. Je vais m’empresser de regarder, rechercher les autres tomes.
Soyez les témoins impuissants d’un fait divers glaçant dans Maman, le loup m’emporte de Florence Medina
Maman, le loup m’emporte de Florence Medina. Éditions de l’Aube. Prix : 12,90 €
Pour plus d’info : https://editionsdelaube.fr/
